Née à Loum le 4 mai 1970, partie à Douala le 4 septembre 2024, en deux dates, le destin d’une femme qui rêvait d’être sage-femme et qui a fini par accoucher le rire de tout un pays. Deux ans après sa disparition des suites d’un AVC hémorragique, retour sur le parcours de Céline Orgelle Kentsop, l’inoubliable Mami Ton, de Foyer Polygamique à ambassadrice de cœur.
L’histoire s’est jouée en trois actes, comme au théâtre.
Le dernier combat
Le 12 août 2024, Céline Orgelle Kentsop est victime d’un accident vasculaire cérébral. Elle est admise en urgence à l’Hôpital Général de Douala. Son état est critique. Sur les réseaux sociaux, une folle rumeur annonce déjà sa mort. Sa fille Mirette monte au créneau et dément formellement.

L’émotion est nationale au point où le Chef de l’État instruit sa prise en charge totale par le gouvernement, le Ministère de la Santé Publique en fait un communiqué ; Le pays y croit. Mami Ton, honorée par l’État le 20 mai 2024 aux côtés de Petit Pays et d’autres icônes, va s’en sortir.
Malheureusement, elle ne s’en sortira pas. Le 4 septembre 2024, à 54 ans, Céline Orgelle Kentsop rend son dernier souffle.
La femme derrière le masque
Céline Orgelle Kentsop voit le jour à Loum, dans le Moungo, le 4 mai 1970. Petite, elle ne rêve que d’une chose : devenir infirmière sage-femme, un rêve qu’elle ne pourra concrétiser.
À 32 ans, elle prend son baluchon et se rend à Douala chercher du travail, c’est là-bas que le destin frappe. Sa rencontre avec le comédien Flobert Tankou lui fait découvrir la comédie. Puis, c’est le déclic : le réalisateur et producteur Ebenezer Kepombia lui ouvre les portes du 7e art.
La machine Mami Ton est lancée et elle ne s’arrêtera plus pendant près de 20 ans. Sa filmographie est une bibliothèque du cinéma camerounais : 2005 : Foyer Polygamique – le rôle qui la révèle ; 2014 : Ennemie Intime ; 2016 : Reine Blanche ; 2018 : Conséquences Tribales de Blaise Ntedju, Habiba, Femme Autoritaire ; 2020 : La Nouvelle Épouse ; Web-séries : Les Minutes de Mamiton (2018) qu’elle produit elle-même, et La Fille de Mamiton (2019).
Deux fois Meilleure Comédienne au Canal 2’Or en 2011 et 2013, Prix honorifique surprise au Festival Komane de Bafoussam en 2017.

Le cœur plus grand que la scène. Si le public connaissait la femme autoritaire, ses proches connaissaient la femme de cœur.
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Mami Ton était ambassadrice de l’Association des Personnes Préférées (ADPP), association fondée par sa fille Mirette, qui milite pour la cause des personnes victimes d’amputation. Dans la vie, elle était veuve d’Antoine Tohe, ce comédien célèbre pour ses imitations du Président Paul Biya sous le nom de « Président Antonio ». Elle était mère de quatre enfants – trois filles et un garçon – et grand-mère de six petits-enfants.
Aujourd’hui, deux ans après, que reste-t-il ? Son verbe, son rire grave, cette manière unique d’incarner ces mamans du quartier, à la fois dures et infiniment aimantes, que chaque Camerounais a eu l’impression de connaître personnellement.
Mami Ton n’est pas « morte », elle a juste quitté la scène.
Japhet Mbakop Tchagha







