Quelques mois après le classement historique de la fête traditionnelle du Ngondo à l’UNESCO, le peuple Sawa se lance un nouveau défi culturel et économique : faire inscrire le Kaba au patrimoine mondial. Porté par l’Amicale des Femmes Deïdo (AFED), ce projet de labellisation fait l’objet d’une vaste campagne de mobilisation. L’ambition affichée est double : protéger cette robe emblématique auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) et en faire un puissant levier du « Made in Cameroon ».
Le Kaba Sawa ne se résume pas à un simple morceau de tissu. Né des méandres de l’histoire coloniale et de la contrainte, il s’est métamorphosé au fil des décennies en un symbole absolu d’élégance, de dignité et d’identité pour la femme de la côte camerounaise.

Depuis 2017, l’AFED s’est donnée pour mission de documenter et de valoriser cet héritage unique. Pour la vice-présidente de l’association, la stratégie de reconnaissance internationale nécessite d’abord une réappropriation populaire. L’association a déjà multiplié les carnavals de rue pour éveiller les consciences sur la portée historique du vêtement avant d’engager les démarches administratives globales. Toutefois, le chemin vers une inscription à l’UNESCO fait face à des défis internes. La styliste Anne Delphine Kwete souligne que le Kaba reste trop souvent cantonné aux grandes occasions. Selon elle, pour ancrer véritablement cette tradition dans la durabilité, les populations locales doivent l’adopter au quotidien, car la pérennité d’un patrimoine repose avant tout sur sa répétition.
L’impact économique : Le Kaba comme rempart face à la friperie
Au-delà de la ferveur culturelle, le combat pour la valorisation du Kaba revêt une dimension macroéconomique cruciale. Lors des récents débats, le Professeur Jean Emmanuel Pondi, spécialiste des relations internationales, a dressé un constat alarmant sur l’état de l’industrie textile nationale.
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Le Cameroun engloutit chaque année 42,7 milliards de FCFA dans l’importation de vêtements de seconde main (friperie). Face à cette dépendance qui asphyxie les créateurs et artisans locaux, le professeur Pondi exhorte l’Assemblée nationale à légiférer de toute urgence : Régulation douanière : Instauration d’une loi fixant des quotas stricts et des proportions maximales sur l’entrée des vêtements d’occasion au Cameroun ; Rompre avec le complexe d’infériorité qui laisse croire que les productions africaines sont structurellement de moins bonne qualité ; Mobilisation des ambassades camerounaises à travers le monde et déploiement de festivals annuels portés par la diaspora pour installer le Kaba sur la scène internationale.
Cap sur le Festival Kab’Attitude
La suite de cette offensive culturelle se jouera désormais sur le terrain très prochainement. Douala s’apprête à vibrer au rythme de la 4ᵉ édition du festival Kab’Attitude, prévue du 27 au 30 octobre 2026.
Placée sous le thème évocateur « Fashion Week Kab’Attitude – Back to Africa » et parrainée par le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Ivaha. Cette édition proposera un agenda riche : Des expositions-ventes mettant en avant le savoir-faire des artisans locaux ; Un défilé de mode de prestige pour sublimer le Kaba moderne ; Un concours récompensant la meilleure collection stylistique de l’année ; Un grand dîner de gala pour clôturer l’événement.
En structurant sa démarche de l’OAPI vers l’UNESCO, la communauté Sawa et ses soutiens entendent bien prouver que le vêtement traditionnel camerounais a désormais la taille nécessaire pour conquérir les podiums et les institutions du monde entier.
Japhet Mbakop Tchagha






