Le centre Katé a célébré ce dimanche 24 août la clôture de la 11ᵉ édition de son programme culturel de vacances, Matanga Ma boso, littéralement « les premiers pas » en langue duala. Pendant cinq semaines, une cinquantaine d’enfants ont été initiés à la langue et à la culture Sawa à travers un parcours pédagogique riche, mêlant apprentissage linguistique, théâtre, chants traditionnels et transmission des valeurs identitaires.
« Matanga Ma boso veut dire les premiers pas dans l’initiation à la langue et à la culture Sawa », explique Essombè Dooh, enseignant et formateur au centre Katé. « Nous enseignons aux enfants à connaître leur nom, à s’exprimer dans leur langue, à nommer leurs parents et leur village. C’est un retour aux fondamentaux, à l’identité, à ce qui fait de chacun un être enraciné dans une histoire ».
Le programme s’adresse aux enfants à partir de six ans, déjà scolarisés ou capables de suivre des consignes simples. Ils y apprennent les bases de la lecture, du calcul et de la grammaire en duala, mais aussi l’usage des expressions de courtoisie, l’accord des temps verbaux ou encore les principes élémentaires du savoir-vivre dans la société Sawa. Les enseignements varient selon les tranches d’âge, avec une pédagogie adaptée et progressive.
La cérémonie de restitution s’est déroulée ce dimanche à Douala, de 14h30 à 19h. Une trentaine d’enfants ont présenté les fruits de leur apprentissage : poèmes récités en duala, saynètes de théâtre, chants traditionnels accompagnés par des musiciens jouant d’instruments ancestraux. L’ambiance, à la fois solennelle et festive, a mis en lumière le sérieux du travail accompli et la joie des enfants de s’exprimer dans une langue souvent peu enseignée dans les circuits scolaires classiques.
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Essombè Dooh insiste sur la particularité du centre Katé : « Nous ne faisons pas que transmettre une langue, nous transmettons une culture, un rapport au monde. Ce que nous faisons ici est différent des écoles de langue habituelles. C’est vivant, incarné, enraciné ».
Une initiative inclusive et intergénérationnelle
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le programme Matanga Ma boso ne s’adresse pas exclusivement aux enfants d’origine Sawa. « Nous accueillons tout enfant, Sawa ou non. À partir du moment où il a l’envie d’apprendre, il est le bienvenu », affirme l’enseignant. Une approche inclusive qui participe à la valorisation et à la préservation des langues nationales, tout en favorisant le vivre-ensemble et la transmission intergénérationnelle.
En onze années d’existence, le programme a vu passer plusieurs générations d’élèves. Certains anciens participants accompagnent aujourd’hui les plus jeunes, formant un véritable relais culturel. « Moi-même, je suis issu des premières Matanga Ma boso » confie Essombè Dooh. « Aujourd’hui, nous avons des jeunes qui reviennent chaque année, et des parents qui découvrent ce que nous faisons et s’impliquent davantage ».
Un modèle à pérenniser
Pour conclure la cérémonie, les enfants ont reçu des cadeaux pour la rentrée scolaire, en reconnaissance de leur participation et de leurs efforts. L’événement s’est achevé dans une atmosphère chaleureuse et fière, reflet de la réussite de cette 11ᵉ édition.
À travers Matanga Ma boso, le centre Katé s’impose comme un acteur majeur de la transmission culturelle au Cameroun. Dans un contexte de disparition progressive des langues africaines, cette initiative représente un modèle de revitalisation et de réappropriation identitaire. Elle montre qu’avec de la volonté, des moyens adaptés et une vision, il est possible de bâtir des ponts solides entre les générations, à partir de ce qu’il y a de plus précieux : la langue, la culture, la mémoire.