L’Hôtel Onomo de Douala a accueilli ce 23 août 2025, « Bâtir ensemble ! », une exposition d’art contemporain organisée par l’agence Créations Contemporaines, sous la direction de la commissaire d’exposition Raïssa Njoya. Ce rendez-vous artistique inédit a rassemblé un public varié autour d’un message fort : faire de l’art un outil de transformation sociale et collective, dans un contexte marqué par l’exode massif des talents et les fractures sociales au Cameroun.
Trois artistes pour un regard collectif
L’exposition a mis en lumière les œuvres de trois artistes camerounais , Marcellas Njonji, Stéphanie Nyangono et Moses Mous , originaires respectivement de Yaoundé, Mora et Bamenda. Leurs travaux abordent des thèmes profonds tels que la résilience, la santé mentale, l’identité, ou encore l’harmonie entre l’Homme et la nature.
« Ce que nous proposons au public aujourd’hui, c’est une démonstration de trois artistes visuels, principalement camerounais », explique Raïssa Njoya. « Ces trois personnes sont très concernées par la situation sociale, culturelle et environnementale du Camerounais, et du monde en général, car leur message est principalement universel. »
À travers leurs œuvres, les artistes expriment une vision partagée d’un avenir pacifique et harmonieux, mais aussi une inquiétude face à la dégradation de l’environnement et à la perte de repères sociaux. « Ils souhaitent un avenir en paix, ils souhaitent l’harmonie, ils souhaitent que les humains apprennent de la révolution industrielle et qu’ils tirent des leçons de ce qui a été fait auparavant. »
Un événement engagé, au-delà de la migration
Si le phénomène migratoire est l’un des fils conducteurs de l’exposition, « Bâtir ensemble ! » ne se réduit pas à une critique de l’exil. « Ce n’est pas seulement à propos de l’immigration », insiste Raïssa Njoya. « C’est aussi à propos de la paix, d’aimer l’un l’autre, de construire ensemble… Donc je pense que c’est assez vaste. »
Pour l’organisatrice, l’enjeu est de penser un avenir commun, de remettre au centre les valeurs de solidarité, de partage et de réappropriation des territoires. « Nous devons réfléchir, nous devons nous réorganiser, et nous devons rétablir notre avenir. » Ce message, à la fois poétique et politique, traverse l’ensemble de l’exposition et invite à la construction d’un futur possible, ici, au Cameroun.
Un espace de dialogue et d’éveil
L’événement a aussi été l’occasion de rassembler un public intergénérationnel, allant des amateurs d’art aux décideurs, en passant par les jeunes, les artistes, les collectionneurs et les professionnels. Le brunch créatif, limité à 40 invités, a permis des échanges profonds autour des œuvres et des thématiques abordées.
Pour Raïssa Njoya, cette exposition n’est qu’un début : « C’est la première fois qu’on organise ce genre d’événement. Nous voulons continuer, ou avoir les moyens de continuer. Et c’est pourquoi nous appelons le public à nous aider, parce qu’on a besoin d’un public qui consomme son art, qui connaît les artistes visuels au Cameroun. »
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Elle souligne aussi l’importance d’ancrer ce type d’événement dans le quotidien culturel des Camerounais : « Nous apportons cela dans la discussion générale, en espérant que les Camerounais suivront. »
« Bâtir ensemble ! » a réussi son pari : faire de l’art un espace de réflexion, de résistance et de construction. En liant création contemporaine et conscience sociale, cette exposition ouvre la voie à une nouvelle manière de penser le rôle de l’artiste dans la société camerounaise.
Elle a également démontré que l’art ne se limite pas à l’esthétique, mais qu’il peut devenir un acte citoyen, un moteur de changement et un appel à l’unité. Et comme le résume si bien Raïssa Njoya : « C’est à propos de mettre en place nos efforts conjoints pour rendre notre avenir brillant. »