Fonkwakem s’est couvert de silence, ce samedi 15 novembre. Un silence lourd, vibrant, traversé de sanglots retenus et de souvenirs trop grands pour entrer dans une chapelle. C’est ici, dans son village natal du Haut-Nkam, que le coach international camerounais Tongtong Siewe Émile a effectué son dernier retour au sol, celui d’un homme dont la vie entière fut dédiée à faire bondir une jeunesse vers les sommets.
Autour de lui, toutes les strates du volley-ball national avaient formé un cercle. Les anciennes gloires, les Lionnes et Lions Indomptables, les académiciennes qu’il a façonnées, les responsables techniques, les dirigeants, les proches, les anonymes tout un peuple sportif rassemblé pour dire adieu à l’un de ses plus grands bâtisseurs. À Fonkwakem, ce samedi, le volley camerounais n’a pas enterré un coach : il a déposé au sol un pilier.

À la chapelle Saint-Jean Baptiste, la foule a entouré sa dépouille comme on encadre une dernière fois le capitaine avant qu’il ne quitte le parquet. Un cercle d’honneur simple, mais d’une intensité qui ne s’explique pas : elle se ressent. Les mots de sa fille Floride Tongtong, bouleversants, ont brisé les ultimes résistances. Dans un témoignage traversé de larmes et de lumière, elle a rappelé l’homme derrière le technicien : le père présent, le guide patient, le roc qui ne pliait jamais, même face à la maladie.
Car le coach Siewe fut un maître du volley, mais surtout un maître d’âmes . Architecte des épopées des Lionnes U18 vice-championnes d’Afrique en 2019 au Caire, championnes continentales en 2021 au Nigeria il avait l’art de transformer des adolescentes en compétitrices, des compétitrices en guerrières, des guerrières en championnes. Ses séances étaient réputées pour leur précision : travail du premier tempo, réception orientée, lecture des trajectoires, agressivité au block, rigueur sur les transitions Chez lui, rien n’était laissé au hasard. Le détail n’était pas un luxe : c’était la base.

Son départ, le 21 octobre 2025, a sonné comme un sifflet final trop tôt retenti. Mais à Fonkwakem, on n’a pas seulement pleuré la perte : on a célébré l’œuvre. Le délégué départemental des Sports, Gilles Bouwe représentant le ministre a rappelé la droiture du coach, son exigence, sa constance, son obsession du progrès. Le président de la Fédération, Bello Bourdane, a parlé d’un tacticien qui refusait la défaite même dans l’ombre de la maladie, d’un homme qui continuait d’écrire des schémas offensifs et défensifs quand son corps commençait à fléchir.
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Puis est venue la voix tremblante de Tina Marie Mbouombouo, speakrine des Lionnes Indomptables. Son hommage a fouetté l’air de la chapelle saint jean Baptiste comme un service surpuissant. Au nom de toutes celles que le coach a formées, elle a dit ce que beaucoup n’osaient pas prononcer : Siewe n’était pas seulement un entraîneur, il était un père de substitution, un repère, un phare. Les larmes ont terminé ce que les mots avaient commencé.
Et lorsque la terre de Fonkwakem s’est refermée sur lui, chacun a compris que l’homme venait de quitter le terrain, mais que son œuvre, elle, restait debout.
Dans chaque saut maîtrisé, dans chaque réception propre, dans chaque attaque en bout de filet, dans chaque jeune joueuse qui relève la tête après une erreur il y aura un peu de son exigence, un peu de sa voix, un peu de son souffle.
Le coach Siewe a smatché son dernier set. Son héritage, lui, continuera de voler au-dessus du filet des années. Et le volleyball camerounais, aujourd’hui meurtri, sait qu’il vient de perdre un coach mais jamais l’homme qui l’a façonné.
WILFRIED NGOMSEU







