Légende incontestable de la musique camerounaise, figure majeure du bikutsi, l’artiste s’est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi, des suites de maladie.
« La voix d’ange s’est éteinte », peut-on lire depuis quelques heures sur la toile, « le Cameroun perd aujourd’hui l’un de ses plus grands artistes : Ange Ebogo Emerent, icône du bikutsi et monument de la culture nationale. » Plus qu’un simple musicien, l’artiste était l’incarnation même d’un rythme, d’une identité, d’une vibration propre au Cameroun.
Né le 4 décembre 1952, Ange Ebogo a très tôt manifesté son amour pour le chant. À peine âgé de six ans, il intègre déjà la chorale de la mission, séduit par les cantiques qu’il reprenait après la messe. Sa voix émerveille tellement qu’il obtient le surnom « Ange », attribué par des musiciens zaïrois émerveillés par sa voix cristalline.
Dès 1969, il commence à se produire dans son village avec le groupe Rendez-vous Band.
Quelques années plus tard, il enregistre son premier 45 tours avec l’orchestre Essian, avant de rejoindre des formations prestigieuses telles que Les Vampires, Les Fantômes ou Les Supers Volcans.
En 1979, son premier 33 tours, Rien d’impossible, le révèle au grand public avec des titres marquants comme Enying Bibon ou Ebogo Awu Nyon, et il est connu pour être un chanteur à la voix “angélique” dans le genre bikutsi.
L’album Expérience (1984) a été un tournant dans sa carrière, notamment avec le titre Okon Makon, une dizaine d’années après ses débuts. Cet album a ouvert les portes du succès à Ange Ebogo.
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Expérience présente une diversité musicale avec du bikutsi d’un côté et du reggae/makossa de l’autre.
À son jeune âge, il sait déjà vers quels chemins se tourner et enchaîne les hits :
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Nyon Man Nyu (1976), une ballade poignante sur la douleur d’un orphelin.
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Sita Mengue (1982), chanson de conseils à sa sœur, qui se vendra à plus de 12 000 exemplaires.
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Okon Makon (1984), tube phare qui lui vaut un disque d’or.
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Sogolo Mon (1990), primée par l’UNICEF pour son message sur la responsabilité parentale. Cette chanson aborde la question de la parenté responsable et des limitations de naissance.
Artiste engagé et visionnaire, Ange Ebogo a su mêler émotion, sagesse et modernité dans sa musique. Dans les années 1980, il fonde le groupe Ozima, qui participera à l’éclosion de talents comme Zanzibar, futur leader des Têtes Brûlées.
Avec une carrière aussi prolifique que brillante, il est l’auteur d’une discographie vertigineuse comprenant plus de 24 albums et plusieurs chansons. Chaque composition était un chapitre d’une saga dédiée à la vie, à l’amour, aux traditions et aux réalités sociales.
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Dans les années 1990, il se forme à l’arrangement musical et accompagne de nombreux artistes, dont K-Tino, dans l’essor du bikutsi moderne.
Au fil de sa carrière, il reçoit de nombreuses distinctions :
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Meilleur disque de l’année 1984 (Okon Makon)
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Grand prix UNICEF 1990 (Sogolo Mon)
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Épi d’or du FENAC 1998
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Palme d’or de l’excellence africaine 2006
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Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2009, puis Commandeur en 2016
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Premier artiste camerounais à recevoir le grand cordon national de l’Ordre du Mérite en novembre 2020
Au-delà des trophées, Ange Ebogo Emerent restera un homme humble et engagé, un artiste qui savait partager son savoir-faire et encourager la jeune génération, comme avec Magasco, avec qui il a repris son titre à succès Folo Folo.
Aujourd’hui, le Cameroun pleure un maître du bikutsi, une icône, une légende. Mais son héritage demeure. Ses chansons continueront d’inspirer, de conseiller, de faire danser et réfléchir.
Source : Arol Ketch