Ce 6 février 2026, à l’occasion de la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC) de New Bell, a accueilli une activité de sensibilisation et de plaidoyer contre l’excision et les violences basées sur le genre. Organisée par la Menzui Foundation, la rencontre s’est tenue de 10h à 14h, réunissant acteurs associatifs, figures publiques, professionnels du droit et membres de la communauté.

L’excision demeure l’une des violences les plus silencieuses faites aux femmes et aux jeunes filles, souvent perpétuée au nom de la tradition ou de la pression sociale. Pour les organisateurs, l’enjeu est de provoquer une prise de conscience collective et encourager la parole, condition essentielle pour faire reculer cette pratique.

Le silence, premier complice des mutilations
Tout au long des échanges, les intervenants ont insisté sur la nécessité de rompre le mutisme qui entoure les mutilations génitales féminines. Car se taire, c’est laisser la violence se reproduire. Les conséquences de l’excision ont été longuement évoquées, bien au-delà des blessures physiques. « L’excision détruit la jeune fille. Elle grandit avec des douleurs qu’elle ne peut pas exprimer, avec des frustrations et des troubles psychologiques dont elle ne peut pas parler ». a déclaré un intervenant.

Un appel direct a également été lancé aux parents, souvent pris au piège de traditions héritées. « Certains pensent qu’ils ont l’obligation de continuer parce que c’est une tradition. Non, ils n’ont pas l’obligation de continuer ». Dans un message plus rare, les exciseuses ont aussi été interpellées. « On ne les condamne pas, mais elles doivent savoir que banaliser, couper, que ce soit pour la tradition ou le commerce, ça détruit la jeune fille ».
Santé mentale, lois et engagement collectif
Pour Sandra Nelly, promotrice de la fondation et cheville ouvrière de l’événement, l’enjeu est avant tout psychologique. Derrière le geste chirurgical, c’est une vie entière qui est balafrée. « Ce qu’il se cache derrière ce combat, c’est briser le silence. Rester silencieux, ça veut dire qu’on encourage ce que la jeune fille subit par rapport à la culture ou à la société ».
📣 Ne ratez rien de l’actualité culturelle et sportive du Cameroun 🇨🇲🇨🇲🇨🇲 sur notre chaîne WhatsApp : urlr.me/Pb5kD9
L’événement a bénéficié d’un soutien de poids avec la présence de Julia Samantha, Miss Cameroun 2023. Pour l’ambassadrice de beauté, la question de l’excision est indissociable de la santé mentale.

« Les victimes passent par des épreuves traumatiques. Ce ne sont pas seulement des actes de violence physique, ce sont aussi des actes de violence psychologique », explique-t-elle. « Dans certaines régions, ces rites d’initiation font croire à la femme que sa sexualité est une menace. On peut tous contribuer à préserver l’intégrité de nos sœurs. »
L’acteur Hervé Nguetch a, pour sa part, dénoncé des pratiques encore perçues comme des rites d’initiation dans certaines régions : « Au sortir des conversations avec des personnes qui ont vécu cela, j’ai compris à quel point c’était dangereux pour la gente féminine. Un être qui n’est pas en santé mentale, cela se reflète sur son physique. Il faut donner à toutes les jeunes femmes la chance de vivre leur féminité comme il se doit »
Lire aussi : LITTÉRATURE : LE DR ERNESTINE GWET BELL DÉDICACE SON PREMIER LIVRE À DOUALA
Malgré l’existence de lois réprimant ces pratiques au Cameroun, le poids des traditions reste un obstacle majeur. Maître Anaba, Huissier de justice et responsable d’antenne à l’ALVF (Association de lutte contre les violences faites aux femmes), souligne la difficulté de dénoncer dans un système patriarcal.

« Quelqu’un nous a dit dans la salle que pour épouser une femme, il faut qu’elle soit mutilée, que c’est « la bonne femme ». Même la victime finit par penser que c’est une « bonne violence » pour être acceptée.». L’expert rappelle que l’État a fait sa part, l’arsenal juridique existe. Le défi reste la dénonciation. « Il faut que ce soit même les jeunes garçons qui dénoncent pour leurs sœurs. Pour qu’une violence recule, il faut qu’elle soit réprimée. »

Au terme de cette rencontre à la MJC de New Bell, un message s’impose, celui de briser le silence, qui est le point de départ de toute lutte. À Douala, des voix se sont élevées pour rappeler que l’excision n’est ni une tradition ni une fatalité, mais une violence à éradiquer.






