Le paysage audiovisuel s’est réveillé orphelin. Dans la nuit du 11 au 12 mai 2026, Bassek Ba Kobhio est mort à 69 ans. Avec lui disparaît un homme qui n’a jamais dissocié la caméra de la pensée. Cinéaste, écrivain, formateur, retour sur le parcours de celui la qui a fait du cinéma un outil de souveraineté culturelle.
Ce 12 mai 2026, le cinéma camerounais et africain perd l’un de ses piliers. Bassek Ba Kobhio, fondateur du festival Écrans Noirs et réalisateur de Sango Malo, l’homme multitâche a construit des ponts là où le cinéma africain manquait d’outils : dans les écoles, dans les festivals, dans les récits.

Né le 1er janvier 1957 à Nindjé, au Cameroun, Bassek Ba Kobhio ne vient pas au cinéma par hasard. D’abord formé en sociologie et en philosophie, il passe ensuite par l’écriture avant de saisir la caméra. Pour lui, filmer, c’était prolonger une réflexion sur la société, l’histoire et l’identité africaines.
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Il commence d’abord comme stagiaire et assistant sur des documentaires produits par le ministère de l’Information et de la Culture du Cameroun. En 1987, bonne nouvelle, il est le premier assistant sur Chocolat de Claire Denis. Deux ans plus tard, il décide d’oser et réalise son premier court-métrage documentaire, FESTAC (1989). En parallèle, il publie trois ouvrages : Les Eaux qui débordent, un recueil de nouvelles ; Cameroun, la fin du maquis ?, un essai ; et Sango Malo, un roman qu’il porte lui-même à l’écran en 1991.
Il est primé au Festival du cinéma africain de Milan en 1992 pour Sango Malo, son œuvre la plus emblématique. Mais sa filmographie va plus loin : Le Silence de la forêt7, Le Grand Blanc de Lambaréné, Le Gouverneur de la Rosée. Chaque film suit la même ligne : raconter l’Afrique avec dignité, loin des clichés et des regards imposés.
Il s’essaie aussi au format court en adaptant La Poule aux œufs d’or dans une série de fables de La Fontaine, initiée par l’ACCT devenue OIF.
Son palmarès et son engagement
Bassek Ba Kobhio fonde la société de production Les Films Terre Africaine. Son acte le plus structurant reste la création du festival Écrans Noirs à Yaoundé. Pendant 28 éditions, ce rendez-vous devient l’un des espaces africains les plus importants dédiés aux cinémas du continent. Cinéastes, producteurs, comédiens s’y croisent chaque année.

Il met aussi en place des classes de cinéma, avec l’appui de l’Ambassade de France et de l’Unesco. Des générations de techniciens et de réalisateurs camerounais et d’Afrique centrale y trouvent un premier cadre de formation.
Bassek Ba Kobhio était un passeur. Il a cru au talent africain quand les financements étaient rares et conditionnés. Il a formé, il a transmis, il a tenu. Écrans Noirs est devenu un lieu de résistance culturelle autant que de célébration. Son dernier film, Le Gouverneur de la Rosée (2018), clôt une œuvre régulière, exigeante, tournée vers la souveraineté des images.
Même affaibli lors de la dernière édition du festival, il restait présent.
Aujourd’hui, le cinéma africain perd l’un de ses bâtisseurs les plus constants, pas forcément le plus médiatisé, mais l’un des plus fidèles à sa vision. Une voix s’éteint. L’œuvre, elle, reste à porter.
Japhet Mbakop Tchagha






