Langue duala, peinture et musique traditionnelle sont au cœur des « Matanga Ma boso », un programme d’initiation culturelle destiné aux enfants et aux jeunes. Au Centre Katé, Tetê Moto et Idriss Ndjanda transmettent des savoirs qui permettent à la nouvelle génération de mieux comprendre son identité sawa.
«Matanga Ma boso» signifie «les premiers pas». Derrière cette expression en langue duala se trouve une démarche de transmission culturelle qui entend familiariser les jeunes avec les fondements de la tradition sawa.
Encadreur au Centre Katé, Tetê Moto présente cette initiation comme une première rencontre entre les enfants et l’héritage de leurs ancêtres. «Matanga Ma boso veut dire les premiers pas de l’initiation traditionnelle. Il ne s’agit pas de l’instruction en tant que telle, mais de donner aux enfants les bases de l’éducation traditionnelle», explique-t-il.

L’objectif est de transmettre aux participants des connaissances qui ne sont pas toujours enseignées dans les circuits scolaires classiques. La langue maternelle occupe ainsi une place centrale dans le programme. Elle constitue à la fois un moyen d’apprentissage, un marqueur identitaire et un lien entre les générations.

«Avant l’arrivée des Blancs, on ne parlait que nos langues maternelles. L’initiation que je donne consiste à transmettre ce savoir-là dans leur langue maternelle», souligne Tetê Moto. Pour l’encadreur, la disparition progressive des langues locales entraîne également une perte de repères. Certains jeunes, y compris ceux qui vivent dans la diaspora, ne parlent plus la langue de leurs parents et connaissent peu les pratiques culturelles de leur communauté.
«À vouloir suivre les Blancs, on perd nos racines. Lorsque tu ignores d’où tu viens, tu ne peux pas savoir exactement où tu vas», prévient-il.
Trois ateliers pour découvrir la culture sawa
Artiste musicien, percussionniste et encadreur au Centre Katé, Idriss Ndjanda intervient particulièrement dans la transmission musicale. Il explique que cette session, engagée depuis trois semaines, doit s’achever le 23 août. Trois ateliers ont été inscrits au programme : la langue, la peinture et la musique.
«L’objectif de cette activité, c’est d’apporter aux plus petits, aux jeunes, les préliminaires de la tradition sawa», indique-t-il.
Dans l’atelier de langue, les enfants découvrent les bases du duala. L’apprentissage doit leur permettre de comprendre des mots et des expressions, mais aussi de communiquer progressivement dans cette langue.
«On leur apprend les rudiments de la langue duala afin qu’ils puissent comprendre et, par la suite, s’exprimer», précise Idriss Ndjanda.
L’atelier de peinture initie, quant à lui, les participants aux fondamentaux de l’expression artistique. La musique complète ce parcours avec une formation consacrée aux instruments traditionnels. L’enseignement associe la théorie à la pratique afin de montrer que la musique traditionnelle possède ses propres règles et peut être structurée comme les autres formes musicales.
«On leur apprend à jouer des instruments traditionnels. Cela se fait en deux points : la théorie et la pratique. On les amène à comprendre que même la musique traditionnelle peut s’écrire sur partition», affirme le percussionniste.
Cette approche vise également à combattre les préjugés qui présentent parfois les instruments traditionnels comme de simples objets d’animation. Pour Idriss Ndjanda, ils ont pleinement leur place dans une formation musicale et peuvent dialoguer avec des instruments comme le piano ou la guitare.
Construire un pont entre les générations
À travers les «Matanga Ma boso», le Centre Katé ne cherche donc pas uniquement à occuper les enfants pendant les vacances. Il veut leur donner des éléments leur permettant de comprendre leur histoire, de parler leur langue et de valoriser les expressions artistiques héritées de leurs ancêtres.
En initiant les enfants à la langue duala, à la peinture et à la musique traditionnelle, le Centre Katé construit ainsi un pont vivant entre la mémoire des anciens et l’avenir de la jeunesse sawa.







