Le court central de Yaoundé a encore tremblé pour elle. À seulement 17 ans, Charnelle Fozo continue d’empiler les trophées avec une maturité tennistique qui dépasse largement son âge. Lors de la première semaine du tournoi ITF J30, réservé aux moins de 18 ans, la jeune Camerounaise a une fois de plus survolé la concurrence, s’imposant en finale face à l’Indienne Disha Kumar en deux sets maîtrisés (6/3, 7/5).
Un deuxième sacre en trois semaines dans cette catégorie et le quatrième titre individuel de sa jeune carrière. Le tout dans une dynamique irrésistible.

Un tennis puissant, précis et déjà très abouti
Sur les courts de Yaoundé comme sur ceux de Douala quelques semaines plus tôt, Fozo a impressionné par la qualité de son jeu :
premières balles explosives,
coups droits lourds en prise d’initiative,
conduite du point variée,
revers solide en cadence,
lecture des trajectoires remarquable,
déplacements fluides et agressifs sur l’axe diagonal.
Face à Kumar, son sens du tempo et sa gestion des moments chauds ont fait la différence. Malgré la résistance de l’Indienne dans le deuxième set, la Camerounaise a su verrouiller les échanges décisifs grâce à une intensité constante et un mental déjà forgé.
Une ascension née il y a plus de dix ans
Si Fozo brille aujourd’hui sur la scène internationale junior, son histoire commence loin des projecteurs, dans un club de quartier à Bonabéri. À 2 ans, elle accompagne sa sœur Sonia Nanfack sur un court ; à 5 ans, elle frappe ses premières balles ; à 7 ans, elle remporte son premier trophée, lors du Mima Youth, en battant Lucy Oyebog, fille du fondateur d’Oyebog Tennis Academy (OTA).

Le coach qu’elle appelle affectueusement Brother Lucas repère immédiatement son potentiel. Il l’encadre, la guide, et surtout, croit en elle lorsque ses parents doutent.
« C’est grâce au grand coach que j’ai évolué. Il m’a tout donné », confie-t-elle en évoquant la mémoire de Joseph Oyebog, disparu cette année. Une figure majeure de sa formation.
Un talent contre vents et marées
Car la route n’a pas été simple : longtemps opposée à sa passion, ses parents redoutaient une carrière incertaine dans un sport exigeant et coûteux.
« Ils disaient que le tennis ne paie pas », se souvient Fozo, aujourd’hui élève en classe de seconde.
C’est la persévérance de son coach et la détermination de la jeune joueuse qui ont finalement ouvert la voie.
Un avenir qu’elle veut tracer à sa manière
Malgré son potentiel immense, Fozo garde les pieds sur terre. Elle avoue ressentir parfois des douleurs qui l’inquiètent et confie que son rêve profond n’est pas forcément de devenir une star mais coach. Un choix rare chez une joueuse qui accumule pourtant les performances de haut niveau.
« Je supporte seulement », dit-elle en évoquant les gênes physiques qu’elle préfère dompter plutôt que laisser freiner son ascension.
Déjà tournée vers la catégorie supérieure
Mais la flamme compétitive brûle toujours. Fozo prépare désormais les tournois au-dessus des ITF J30, ceux réservés aux plus de 18 ans. Un défi qui pourrait être le tournant de sa carrière, tant elle semble prête à franchir un nouveau cap.
À 17 ans, Charnelle Fozo n’a peut-être encore rien montré de tout ce qu’elle peut devenir.
WILFRIED NGOMSEU







