Le coup de sifflet final de la CAN 2025 n’a finalement pas mis fin au match. Neuf mois après la finale électrique de Rabat, Marocains et Sénégalais ont rendez-vous à Lausanne pour une confrontation d’un autre genre. Plus de crampons, plus de prolongation, plus de VAR : cette fois, le titre continental se joue dans les subtilités du droit sportif devant le Tribunal arbitral du sport.
Sur la pelouse du complexe Moulay-Abdellah, le Sénégal avait remporté la bataille sportive. Menés dans un scénario à haute tension, les Lions de la Teranga avaient finalement fait la différence en prolongation grâce à Pape Gueye, pour s’imposer 1-0. Mais quelques instants plus tôt, la finale avait basculé dans la controverse avec un penalty accordé au Maroc dans le temps additionnel. Une décision qui avait provoqué la sortie temporaire d’une partie de la sélection sénégalaise avant son retour sur la pelouse.

C’est précisément cet épisode qui a changé la nature du dossier. Le 17 mars, la chambre d’appel de la CAF a sanctionné le Sénégal d’une défaite par forfait, 3-0, en s’appuyant sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN relatifs à l’abandon du terrain sans autorisation de l’arbitre. Le trophée acquis au terme de la prolongation change alors de camp sur le papier.
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Mais devant le TAS, le Sénégal entend réinstaller le principe selon lequel le résultat d’une rencontre relève d’abord de l’autorité de l’arbitre et des lois du jeu. La décision de Jean-Jacques Ndala de faire reprendre la partie après le retour des joueurs constitue l’un des éléments centraux de la défense sénégalaise. La fameuse loi 5 de l’IFAB, qui encadre les prérogatives de l’arbitre et le caractère définitif de ses décisions relatives aux faits de jeu, pourrait ainsi peser lourd dans les débats.
Face à lui, le Maroc défend une lecture stricte du règlement de la CAF. Pour la partie marocaine, quitter temporairement l’aire de jeu sans l’autorisation de l’arbitre constitue une infraction disciplinaire suffisamment grave pour entraîner la sanction prévue par les textes, indépendamment de la reprise ultérieure de la rencontre.
Derrière ce duel de règlements se joue donc une question beaucoup plus large : jusqu’où une instance disciplinaire peut-elle revenir sur un résultat validé par l’arbitre au coup de sifflet final ? Et où s’arrête le pouvoir des juridictions sportives lorsqu’une décision de terrain est déjà définitivement actée ?
À Lausanne, trois spécialistes du droit du sport Gérald Simon, Luigi Fumagalli et Ulrich Haas vont tenter de trancher cette équation inédite. L’audience se déroule à huis clos et aucune date précise n’est annoncée pour le verdict.
Après avoir été disputée pendant 120 minutes à Rabat, cette finale hors norme entre donc dans une nouvelle prolongation. Et cette fois, le prochain coup de sifflet pourrait prendre la forme d’une décision juridique susceptible de redessiner officiellement le palmarès de la CAN 2025.
WILFRIED NGOMSEU






