Et si quelques clous, un simple fil et une poignée de perles suffisaient à transformer une idée en véritable œuvre d’art ? À Douala, Carine Ouandji repousse les frontières de la création en faisant de la matière brute un langage artistique. Entre art filaire, pointillisme et composition décorative, cette autodidacte donne corps à son imaginaire avec une précision qui ne laisse pas indifférent.
Dans son univers, rien n’est laissé au hasard. Chaque clou devient un point d’ancrage, chaque fil une ligne de construction et chaque perle une touche de matière. Par un savant jeu de tension, de trajectoires, de volumes et de contrastes, Carine Ouandji transforme une surface vierge en une composition où se dessinent progressivement visages, silhouettes, logos et motifs.

Depuis 2020, Carine Kamwa Ouandji, connue artistiquement sous le nom de Carine Ouandji, explore cet univers avec une démarche essentiellement autodidacte. Ce qui devait au départ être une simple activité génératrice de revenus va rapidement se muer en véritable vocation.
À travers le string art, elle travaille la ligne comme un peintre travaille la couleur. Les fils s’entrecroisent, se superposent et se densifient pour créer des effets de profondeur, de lumière et de perspective. La composition prend forme progressivement, jusqu’à révéler un portrait ou une image avec une étonnante finesse.
Mais Carine ne s’arrête pas au fil. Avec le pointillisme, elle change de matière et de rythme. Une multitude de petites perles, savamment positionnées, deviennent autant de touches chromatiques. L’œil du spectateur reconstitue alors l’image à distance, tandis que de près, il découvre une mosaïque minutieuse où chaque élément participe à l’équilibre de l’ensemble.

Son travail repose sur une qualité essentielle : la patience. Car derrière l’apparente simplicité de ces créations se cache un véritable travail de composition. Choix des supports, recherche des proportions, équilibre des formes, harmonie des teintes, gestion des contrastes, précision du geste chaque détail compte.
Et c’est justement dans cette recherche de précision que Carine construit progressivement sa signature.
Son inspiration, elle la puise dans ce qui l’entoure : l’amour, la beauté de la vie, la persévérance, la paix, mais aussi cette capacité qu’a l’être humain à imaginer avant même de créer.
Pour Carine Ouandji, l’art est avant tout un espace de liberté. Une manière de traduire visuellement des émotions, des idées et des histoires que les mots ne suffisent pas toujours à raconter.
«Si nous pouvions réaliser toutes nos idées imaginaires, le monde serait trop petit pour contenir les merveilles que nous pourrions créer.»
Une philosophie qui résume parfaitement sa démarche : imaginer sans limites, expérimenter sans cesse et créer sans chercher à reproduire. Carine ne revendique pas la perfection. Elle revendique plutôt le progrès.
Chaque nouvelle œuvre devient un laboratoire d’expérimentation, un terrain où elle affine son geste, perfectionne ses techniques et repousse progressivement les limites de son savoir-faire.
Et cette évolution est perceptible. Au fil des créations, son univers graphique gagne en maturité, sa maîtrise technique s’affirme et son identité visuelle devient de plus en plus reconnaissable.
Aujourd’hui, son ambition dépasse largement la réalisation de pièces décoratives. Carine Ouandji rêve de contribuer à la valorisation de l’art camerounais et de faire de la créativité locale un véritable vecteur de rayonnement culturel.
Son plus grand projet : la création d’une grande galerie d’art en Afrique, un espace ouvert aux créateurs, notamment à ces nombreux talents qui disposent du savoir-faire mais manquent encore de visibilité.
Un lieu où les artistes pourraient exposer, rencontrer leur public, partager leurs techniques et surtout donner une nouvelle dimension à leur travail.
De quelques fils entrelacés à des compositions qui racontent des visages et des émotions, Carine Ouandji démontre qu’une œuvre d’art ne dépend pas uniquement de la noblesse de sa matière, mais surtout de la vision de celui ou celle qui la façonne.
Elle peint sans pinceau, compose sans toile traditionnelle et sculpte presque avec le fil.
À Douala, cette artiste autodidacte transforme ainsi le fil en trait, la perle en pigment et l’imagination en matière artistique.
Carine Ouandji n’est peut-être encore qu’au début de son parcours, mais une chose est déjà certaine : son art mérite d’être vu, son talent mérite d’être accompagné et son nom mérite d’être retenu.
Carine Ouandji : une artiste qui ne se contente pas de créer des œuvres elle donne une forme visible à l’imaginaire.
WILFRIED NGOMSEU







