Sous le soleil de la Sérénissime, le vert-rouge-jaune a pris ses quartiers. Le Pavillon du Cameroun a inauguré ce vendredi 8 mai la 61e Biennale de Venise avec « NZƎNDA – Le chemin du retour », une exposition manifeste portée par la curatrice Beya Gille Gacha.
Installé au cœur du Palazzo Canal, dans le quartier du Dorsoduro, le pavillon se déploie comme un territoire sensible. Loin de la simple salle d’exposition, Beya Gille Gacha y orchestre un véritable espace spirituel, où résonnent les échos des mémoires africaines, les récits du retour et les enjeux de la transmission culturelle.

Une constellation d’artistes pour dire le Cameroun contemporain
Pour incarner cette vision, la curatrice a réuni une génération d’artistes pluridisciplinaires : le collectif Jail Time Records, Sylvie Njobati, Bienvenue Fotso, Zora Snake, et Neals Niat. Ensemble, ils tissent une narration collective à travers l’installation, le son, la vidéo et la performance.
Chaque œuvre devient un fragment de conversation entre l’intime et le collectif, entre l’héritage et l’avenir. « NZƎNDA » ne se contente pas de montrer l’art camerounais : il interroge ce que signifie être, créer et appartenir aujourd’hui. La transformation des espaces sociaux, la réappropriation des récits, la puissance de la mémoire vivante sont au cœur de ce chemin du retour.
Une affirmation sur la scène mondiale
La présence du Cameroun s’inscrit dans une dynamique plus large. Pour cette 61e édition, plusieurs nations africaines présentent un pavillon national, confirmant l’ancrage grandissant du continent sur la plus prestigieuse scène artistique mondiale. Avec « NZƎNDA », le Cameroun affirme sa richesse symbolique et impose sa puissance créative, loin des clichés et des marges.

Cette édition 2026 de la Biennale revêt d’ailleurs une dimension historique particulière. Elle est placée sous le signe de Koyo Kouoh, la commissaire suisso-camerounaise disparue le 10 mai 2025. Première femme africaine à diriger l’événement, elle avait entièrement conçu le projet intitulé « In Minor Keys » – « En tonalités mineures ». Fidèles à sa vision, ses collaborateurs ont porté son exposition, invitant à l’écoute des voix discrètes et des récits souvent étouffés par le bruit du monde.
Jusqu’au 22 novembre 2026, le Palazzo Canal devient ainsi le foyer d’une Afrique qui se raconte, se questionne et se projette. Le chemin du retour, ici, est aussi un chemin vers l’avant.
La Biennale de Venise, 131 ans d’art en majesté
En 1895. Il y a 131 ans, Venise lançait la première Exposition internationale d’art de la ville. L’idée : célébrer le roi Umberto Ier et la reine Marguerite. Personne n’imaginait alors que cette initiative locale deviendrait le rendez-vous le plus influent de l’art contemporain.
Pourquoi faire ?
Au départ, promouvoir l’art italien et créer une vitrine internationale. Très vite, la Biennale s’impose comme un laboratoire des avant-gardes. Son modèle est unique : à l’exposition internationale conçue par un commissaire s’ajoutent des dizaines de pavillons nationaux. Chaque pays y présente sa vision de la création.
La Biennale de Venise devient alors comme le baromètre de l’art mondial. Tous les deux ans, elle réunit plus de 80 nations dans les Giardini, à l’Arsenal et dans les palais de la ville. On y découvre les tendances, on y consacre les carrières. Le Lion d’Or reste la plus haute distinction. L’édition 2026 poursuit donc cette tradition d’exploration. Elle privilégie l’introspection à la démonstration, la mélancolie au spectaculaire. Une invitation à tendre l’oreille aux fréquences basses de la création, là où naissent souvent les révolutions silencieuses.
Japhet Mbakop Tchagha







