Le samedi 11 avril 2026, la ville de Douala s’est retrouvée au cœur d’une effervescence musicale particulière. Deux concerts, deux frères, une seule date : tous les ingrédients semblaient réunis pour offrir au public une nuit mémorable. Pourtant, entre le stade annexe de Bonamoussadi et le Majectic de Bessengue, l’enthousiasme initial des fans s’est progressivement mué en déception.
Qui est Ste Milano ?
Ste Milano, de son vrai nom Zadi Yao Eliel Jackim, est né le 13 janvier 2004 à Yopougon. Initié à la musique dans son quartier, il se démarque par ses mélodies captivantes et sa vivacité, attirant l’attention de Doupi Papillon qui le présente à Zigenshor Prod, dirigé par Zagba le requin et Kommander samo samo. Avec sa participation au titre « Tchebaba » de Doupi Papillon, Ste Milano connaît une ascension rapide, avec des singles tels que Ormayou Ormada, Papa N’Golo et Dans dos accumulant des millions de vues sur YouTube. En seulement 10 mois de carrière, il s’entoure des meilleurs, avec Samo Samo comme manager ; Tamsir et Zagba le requin comme mentor et producteur. Mais c’est surtout avec Bouchkaraille et 1 coup K.O qu’il s’impose durablement dans les esprits, affine son univers artistique et s’impose progressivement comme une figure montante de la scène ivoirienne, voire africaine.

Une conférence de presse révélatrice
La veille du concert, soit le vendredi 10 avril, une conférence de presse était organisée à Onomo Hôtel à Bonanjo. Prévue pour 12h30, elle n’a finalement débuté qu’aux environs de 14h, installant d’emblée un climat d’attente et de flottement. Face aux journalistes et aux animateurs culturels présents, Ste Milano s’est prêté au jeu des questions. Toutefois, les réponses, souvent incomplètes ou évasives, ont laissé plus d’interrogations que d’éclaircissements. À chaque tentative d’approfondissement, les échanges semblaient être reportés… au concert lui-même. Une posture qui n’a guère facilité le travail des professionnels des médias, venus pourtant recueillir de la matière pour leurs publications.

Une organisation en demi-teinte
Entre retards répétés, organisation hésitante, et manque de public, l’ambiance a progressivement perdu de sa superbe. Lors de la conférence de presse, le comité d’organisation nous a fait savoir qu’il attende près de dix mille personnes. Notre équipe présente sur les lieux, a observé le contraire, moins de 3000 personnes étaient présentes sur le site. Plus encore, selon certaines sources, une équipe de médias venue couvrir les préparatifs au Majectic aurait été priée de quitter les lieux. En cause : l’intervention du « père-manager » de l’artiste, qui aurait estimé que la démarche ne respectait pas les usages, déclarant que « cela ne se passe pas ainsi en Côte d’Ivoire ».
Une soirée longue…
Le jour J , les portes du Majectic se sont ouvertes dès 16h. Pourtant, il faudra attendre près de six heures, soit autour de 22h, pour voir débuter les premières prestations.

Ces premières parties ont néanmoins permis de mettre en lumière de jeunes talents locaux, offrant une scène précieuse à des artistes souvent peu exposés, malgré leur potentiel évident ; une initiative salutaire.
Il faudra donc patienter jusqu’à 1h30 du matin pour voir enfin Ste Milano monter sur scène. La surprise de la soirée restera sans doute l’apparition de Salatiel, qui a captivé le public en interprétant Anita, retraçant avec émotion l’histoire portée par ce titre.
Le spectacle, quant à lui, s’est étiré jusqu’aux alentours de 4 heures du matin, mettant à rude épreuve la patience d’un public venu initialement pour vivre un moment intense et bien rythmé. Malgré tout cela, le bouchkaraille a livré un spectacle live de « ouf ». Fini les showcases de 03 ou 04 titres, les fans ont découvert Eliel sous un autre angle, ils ont vibré, dansé et « kiffé » à l’ivoirienne.
La Team Paiya : un phénomène ivoirien à l’épreuve de la scène
Pendant que le Majectic accueillait Ste Milano, une autre scène vibrait du côté du stade annexe de Bonamoussadi, où était attendue la Team Paiya. Très populaire auprès des jeunes, le collectif ivoirien suscite généralement un engouement certain à chacune de ses apparitions. Là encore, les attentes étaient grandes. Le public, massivement mobilisé, espérait vivre un moment à la hauteur de la réputation du groupe.
Team Paiya, qui est-ce ?
Formé en 2022, il est principalement composé de Zagba le Requin, Doupi Papillon, Samo Samo, Noukou Loba, et Toumalewé. Le groupe incarne l’ambiance des nuits abidjanaises, avec un style musical axé sur la fête. À la croisée du coupé-décalé et du rap, leur univers musical séduit par son énergie débordante et son sens aigu du spectacle. Leur ascension fulgurante est notamment portée par le titre Coup du Marteau, devenu un véritable phénomène lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2023. Cette reconnaissance s’est traduite jusque dans les distinctions officielles, le collectif ayant été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre du Mérite en Côte d’Ivoire ; une consécration rare pour des artistes de leur génération.

Quand la fête vire au chaos
Du côté du stade annexe de Bonamoussadi, où se produisait la Team Paiya, la soirée a suivi une trajectoire pour le moins contrastée. Avec l’ouverture des portes à 20h, le concert n’a véritablement pris son envol qu’aux alentours de 1h30 du matin, lorsque la tête d’affiche est enfin montée sur scène.
Contre toute attente, malgré ce retard considérable, le public a su répondre présent. L’ambiance, électrique, frôlait l’hystérie collective. Cris, chants et mouvements de foule accompagnaient un show explosif, fidèle à la réputation du groupe. Pendant un instant, le temps semblait suspendu, comme si l’énergie déployée faisait oublier les longues heures d’attente.
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Mais cette ferveur n’aura été que de courte durée. À mesure que la nuit avançait, des tensions ont commencé à émerger dans la foule. Ce qui n’était au départ qu’une altercation isolée s’est rapidement transformé en un premier mouvement de panique, encore contenu. Puis, comme un second souffle plus violent, la situation a dégénéré.

La fin du concert a ainsi basculé dans un véritable tumulte : des chaises renversées, des téléphones brisés, des vêtements arrachés, des spectateurs blessés — heureusement sans gravité majeure selon les premières informations. La scène offrait alors le visage d’un désordre total, un véritable capharnaüm où la confusion le disputait à la peur. Face à cette escalade, les équipes de sécurité ont dû intervenir en urgence et renforcer leur dispositif afin de contenir la foule et ramener un semblant de calme.
Selon certaines sources, plusieurs hypothèses circulent quant à l’origine de ces débordements : une dispute entre fans qui aurait dégénéré, la présence signalée d’un individu au profil sensible, voire des tensions internes au dispositif sécuritaire. À ce stade, aucune version officielle n’a encore permis d’établir clairement les faits. Ainsi s’est achevée une soirée qui, partie sous le signe de la fête, s’est conclue dans la confusion la plus totale.
Une soirée à deux visages
Ainsi, que ce soit au Majectic ou au stade annexe de Bonamoussadi, le constat demeure sensiblement le même : une forte attente, une réelle ferveur populaire… mais une exécution en deçà des espérances.
Entre prestations tardives, communication fragile et organisation parfois défaillante, ces deux événements, pourtant prometteurs, n’ont pas su pleinement convaincre. Ils laissent derrière eux une impression d’inachevé, comme si le potentiel annoncé n’avait jamais totalement trouvé sa pleine expression. Si le talent des artistes n’est guère à remettre en cause, l’orchestration de l’événement, elle, laisse à désirer. Preuve qu’en matière de spectacle, l’art sans ordre perd bien souvent de son éclat.
Japhet Mbakop Tchagha







