La littérature camerounaise s’offre une rentrée engagée. Le samedi 3 octobre 2026 à 13h30, Du Vaal International School, à Bedi à Douala, non loin de l’Hôpital Général, accueillera la dédicace officielle du nouveau roman du journaliste et écrivain Junior Haussin, «Je suis nègre mais les Noirs ne m’aiment pas», publié aux éditions Éclosion. Une rencontre annoncée comme un moment de débat autant que de littérature, au prix de 10 000 FCFA l’ouvrage dédicacé, et dont les réservations sont déjà ouvertes aux 678 704 086 et 698 031 502.
Pour porter cette rencontre, les éditions Éclosion ont choisi de ne pas laisser le livre seul face à son public. Autour de Junior Haussin, un panel a été constitué pour ouvrir la discussion au-delà du cercle littéraire. On y retrouvera Christelle Noah, directrice générale des éditions Éclosion et éditrice de l’ouvrage, le Dr Christian Mouandjo, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, et Serges Herman Tchiutcha, spécialiste de l’identité visuelle et de l’intelligence artificielle générative. Une composition qui dit beaucoup sur l’ambition de l’échange: interroger le livre à travers le prisme de l’édition, des médias, de l’image et des technologies qui façonnent aujourd’hui les représentations. La note de lecture sera assurée par le journaliste Lionel Akosso, tandis que la modération a été confiée à Marie Gabrielle Mfegue, elle aussi journaliste.

Du djansang à Filtreland: quand l’apparence devient identité
Le titre, volontairement frontal, interpelle. « Je suis nègre mais les Noirs ne m’aiment pas » part d’un constat visible dans de nombreuses sociétés africaines: le recours massif aux produits éclaircissants, au djansang, à la transformation de la peau pour se rapprocher d’une norme de beauté jugée plus acceptable. Mais Junior Haussin ne s’arrête pas à la dénonciation d’une pratique. À travers ses deux personnages principaux, Asakya et Mabanckou, il remonte le fil des motivations intimes. Le regard des autres, le poids des publicités, des clips, des réseaux sociaux, la course à la reconnaissance, cette idée tenace qui associe encore teint clair, réussite et valeur sociale.
C’est là que le roman prend une autre dimension. L’auteur invente Filtreland, un univers imaginaire où les filtres numériques ne sont plus de simples artifices esthétiques mais le symbole d’une époque où l’on peut sans cesse retoucher, recadrer, corriger son image pour correspondre à une image désirable. Et il pose cette question qui traverse tout le livre: à partir de quel moment l’image que nous construisons finit-elle par prendre le dessus sur ce que nous sommes réellement ? Quand l’apparence devient-elle une identité ?
Le contre-récit de l’acceptation de soi
Face à cela, Junior Haussin propose un contre-récit. Celui de Mabanckou, qui face à la pression sociale, choisit la voie de l’acceptation de soi, de l’estime personnelle, de l’affirmation. Le propos n’est donc pas seulement critique. Il cherche à comprendre les ressorts qui rendent le rejet de soi possible, et à rouvrir le chemin de la confiance. Derrière la question du teint, ce sont celles de l’identité, de la responsabilité individuelle face aux modèles imposés ou intériorisés, et du regard que nous portons sur nous-mêmes qui sont posées.
Junior Haussin, le journaliste devenu passeur de livres
Une démarche qui n’étonne pas quand on connaît le parcours de l’auteur. Junior Haussin Noulapoum Kuaye est d’abord un homme de médias. Journaliste à Canal 2 International, où il assure des missions de communication et de coordination, il exerce aussi comme fact-checker. Cependant il s’est imposé ces dernières années comme l’une des voix les plus actives de la promotion littéraire au Cameroun. Président du Réseau National des Journalistes Littéraires du Cameroun, promoteur de la plateforme «La lecture je contribue» qui encourage la lecture chez les jeunes, il a été distingué meilleur promoteur littéraire de l’année 2022. Après «La plume noire de l’encrier» en 2017 et «Banane malaxée» en 2020, il signe ici son troisième livre, sans doute le plus personnel.
Avec cette dédicace du 3 octobre à Bedi, les éditions Éclosion, qui se présentent comme « l’avenir du livre », donnent rendez-vous aux lecteurs, aux curieux, aux passionnés de culture pour un après-midi où il sera question de livre, mais surtout de ce que signifie être soi à une époque où tout pousse à vouloir être un autre.
Japhet Mbakop Tchagha







