Au Gymnase de Mfandena, le tatami a vibré au rythme des ippons et des combats engagés lors du championnat national sénior 2026 de judo. Une arène où technique, stratégie et mental se sont entrecroisés, révélant un double enseignement : la solidité des références établies et l’émergence d’une nouvelle génération prête à renverser l’ordre établi.
Dès les premiers hajime, l’intensité était palpable. Plus de 220 judokas issus d’une quarantaine de clubs ont répondu présents, transformant la compétition en véritable laboratoire technique. Entre uchi-mata parfaitement exécutés, o-soto-gari tranchants et séquences de ne-waza maîtrisées, le niveau affiché confirme la montée en puissance du judo camerounais.

Une hiérarchie féminine maîtrisée, mais sous pression
Chez les dames, la gestion du combat a été quasi clinique. Les championnes en titre ont su imposer leur kumi-kata et contrôler le rythme des affrontements avec intelligence. En -48 kg, Ndi Elion Gertrude a su corriger les erreurs passées pour s’imposer avec autorité, transformant chaque opportunité en avantage décisif.
Dans les catégories intermédiaires, Marie Céline Baba Matia (-52 kg) et Fiona Nsame Mbongo (-57 kg) ont confirmé leur domination grâce à une lecture parfaite des séquences de combat, alternant attaques placées et défenses solides. Leur capacité à gérer les temps forts et faibles illustre une maturité tactique précieuse à l’approche des échéances continentales.

Même constance chez Gratiana Adjoans Nguele (-63 kg), Ornella Biami Zita (-70 kg), Georgika Djengue Moune (-78 kg) et Richelle Soppi Mbela (+78 kg), toutes capables de conclure leurs combats avec maîtrise, confirmant leur statut de patronnes du tatami national.
Chez les messieurs, un tatami en pleine révolution
À l’inverse, le tableau masculin a été le théâtre de véritables renversements, où les anciens repères ont volé en éclats sous la pression d’une relève ambitieuse. Les combats se sont souvent joués sur des détails : une prise de garde mieux négociée, un déséquilibre exploité au bon moment, ou une transition rapide vers le sol.
Amaid Kouantchoua (-60 kg) et Kylian Betiene Ombiono (-66 kg) ont imposé leur explosivité, tandis que Renaud Koung A Koung (-73 kg) a su profiter d’une faille pour détrôner le tenant du titre Kom Teddy Enzi dans un combat tactiquement maîtrisé.
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Dans la catégorie des -81 kg, Allan Nkott Pondy a fait parler sa puissance et son sens du timing pour s’imposer. Mais le moment fort reste sans doute la finale des -90 kg : un duel électrique entre Vladimir Ngueya et Yves-Loic Mogo. Dans ce remake de 2025, Ngueya a su ajuster sa stratégie, verrouiller les échanges et exploiter la moindre ouverture pour prendre sa revanche, illustrant parfaitement l’importance de l’adaptation en judo de haut niveau.
Seuls Franck Tahmazang (-100 kg) et Daniel Mepoui Anong (+100 kg) ont résisté à cette vague de renouvellement, conservant leurs titres grâce à une gestion rigoureuse et une efficacité redoutable.
Cap sur les championnats d’Afrique : un test grandeur nature
Au-delà des médailles, ce championnat a surtout servi de répétition générale pour les Championnats d’Afrique de judo à venir. Les enseignements sont clairs : le niveau technique s’homogénéise, la concurrence interne s’intensifie, et la préparation devient de plus en plus exigeante.
Les encadreurs peuvent désormais affiner les stratégies, corriger les lacunes observées notamment dans la gestion du ne-waza et des pénalités et optimiser la condition physique des athlètes. La capacité à enchaîner les combats, maintenir un haut niveau d’intensité et gérer la pression sera déterminante sur la scène continentale.
Dans cette dynamique, le judo camerounais semble entrer dans une nouvelle phase : celle d’un collectif plus dense, plus compétitif et mieux armé pour rivaliser à l’échelle africaine. Le tatami de Mfandena n’a pas seulement sacré des champions ; il a dessiné les contours d’une équipe nationale en construction, tournée vers la performance.
Le rendez-vous continental approche, et au vu des combats livrés le week-end dernier , le Cameroun peut nourrir de réelles ambitions.
WILFRIED NGOMSEU






