S’il est un domaine où la scène urbaine camerounaise n’attendait point une telle révolution, c’est bien celui de la pure sensibilité. Point de joutes verbales agressives ni de rythmiques tonitruantes ici. Carl Linton s’avance, la voix veloutée et la plume aiguisée, pour redéfinir les contours de l’émotivité masculine. Entre l’austérité du Droit des affaires et les volutes enchanteresses de la Pop Urbaine, ce digne fils camerounais orchestre un retour en grâce du sentiment. Voyage au cœur d’un univers où le Makossa convole avec la Soul.
Avant de prétendre aux couronnes de la gloire, Carl Linton Nkada Zogo a longuement poli son art dans l’intimité des nuits de Douala. C’est en décembre 2023 que le grand public commence à prêter l’oreille à ce virtuose, alors qu’il officie comme voix principale sur la scène du Mandara Lounge, puis du PizzaLand. De remplacements prestigieux au Neptune Garden’s jusqu’au StarLand Hôtel, il est devenu la coqueluche des mélomanes, se produisant aujourd’hui sous les retours feutrés du Moulin de France à Bonamoussadi.

Cette solide réputation de travailleur de l’ombre ne s’est pas bâtie seule. Notre homme a mis son organe vocal au service des plus grands, agissant comme choriste de l’ombre pour le king Stanley Enow lors d’un showcase mémorable, pour Laphash au Krystal Palace, ou encore pour la talentueuse Kamala Eyango.
Le grand tournant survient à l’été 2026. Lors d’une compétition de haute voltige parrainée par Canal+, le jeune homme surclasse ses pairs. Devant un aréopage de monstres sacrés de la culture nationale — parmi lesquels le chanteur Koppo, l’iconique Annie Anzouer ou la volcanique Coco Argentée —, il impose sa griffe. Quelques semaines plus tard, il enfonce le clou en assurant avec brio l’ouverture du concert d’Eddy Nem aux côtés d’Izeek.
« EXperiences » : le premier bébé
Signé au sein de l’écurie StronG Record Label, l’artiste a choisi de consigner ses états d’âme dans un premier extended play (EP) opportunément baptisé EXperiences. Composé de cinq morceaux, cet opus est un véritable traité de la vulnérabilité humaine. Loin des clichés de l’homme fort et impassible, Carl Linton y explore les fêlures amoureuses, les doutes de la rupture et les chemins escarpés de la reconstruction de soi.
De ce projet a d’abord jailli Ndolo, une œuvre hybride où l’Afrobeat vient flirter avec les cadences nostalgiques du Makossa. Sur ce titre, la voix soul de l’artiste se fait courtisane, maniant l’art de la séduction avec une élégance rare. C’est une invitation au marivaudage moderne, un pont jeté entre la tradition rythmique du pays et les standards de la pop internationale.
Le nouveau single : L’élégance des adieux avec « Bye Bye »
Mais c’est avec sa toute dernière création, intitulée Bye Bye, que Carl Linton atteint une indéniable maturité thématique et artistique. Point de cris, point de larmes ni de viles récriminations. Ce morceau s’inscrit dans un style Afro-Zouk subtilement teinté de Makossa, offrant une rythmique chaloupée mais douce.
Bye Bye raconte l’épilogue d’une idylle éphémère, une romance sans lendemain consommée et acceptée. Là où d’autres sombreraient dans l’amertume ou le ressentiment, le poète choisit la voie de la résilience. La chanson se veut un baume pour l’âme, un hymne à la guérison affective où l’on se quitte bons amis, en se souhaitant le meilleur. Une formule musicale hautement addictive qui prouve que l’on peut avoir le cœur brisé tout en conservant son sens de la dignité.
Carl Linton est, à n’en pas douter, la voix montante qu’il faudra suivre de très près.
Japhet Mbakop Tchagha






