Sept ans après l’éviction de l’entreprise italienne du chantier du complexe sportif d’Olembé, le Cameroun se retrouve condamné par le CIRDI à verser 78,5 millions d’euros à Gruppo Officine Piccini. Une facture qui pourrait encore s’alourdir avec les intérêts et les frais de procédure.
Le dossier du stade d’Olembé vient de connaître un nouvel épisode qui risque de faire beaucoup parler au Cameroun.
Le 4 septembre 2026, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), institution du Groupe de la Banque mondiale basée à Washington, a rendu sa sentence dans le litige opposant l’État du Cameroun au groupe italien Gruppo Officine Piccini. Le tribunal a condamné le Cameroun à verser 78,5 millions d’euros, soit environ 51,5 milliards de FCFA, à l’entreprise italienne.

Et la facture ne s’arrête pas là : des intérêts courent depuis novembre 2019, auxquels s’ajoute une partie des frais juridiques et d’arbitrage. Hors intérêts, la charge totale liée à la sentence dépasse ainsi les 53 milliards de FCFA.
Comment le dossier en est-il arrivé là ?
Tout commence en 2015, lorsque l’État camerounais confie à Piccini la conception et la construction du complexe sportif d’Olembé, comprenant notamment un stade de 60 000 places.
Le marché initial est évalué à 194,36 milliards de FCFA TTC, avec un délai de réalisation de 30 mois. L’infrastructure doit devenir l’une des grandes vitrines du Cameroun pour la CAN.
Mais le chantier prend du retard.
Le 29 novembre 2019, le ministère des Sports résilie unilatéralement le contrat avec Piccini. Les autorités reprochent notamment à l’entreprise des retards et plusieurs manquements contractuels. Le chantier est ensuite confié à l’entreprise canadienne Magil Construction.
Pour Piccini, cette éviction est abusive. Le groupe italien saisit alors le CIRDI et réclame une importante indemnisation.
Le tribunal donne finalement raison à Piccini sur plusieurs points
Dans sa sentence, le tribunal arbitral ne retient pas toutes les demandes de l’entreprise italienne. En revanche, il conclut notamment à une expropriation illégale de l’investissement, ainsi qu’à un manquement du Cameroun à certaines obligations de traitement et de protection de l’investisseur.
L’indemnisation de 78,5 millions d’euros est répartie entre plusieurs postes : 51,3 millions d’euros pour l’investissement net de Piccini, 5,4 millions pour le manque à gagner, 8,1 millions pour la perte de jouissance des machines et équipements, 7,7 millions pour leur perte de valeur et 6 millions pour certaines dépenses engagées après l’expropriation.
Un chiffre permet surtout de mesurer l’ampleur du contentieux : Piccini réclamait beaucoup plus que ce que le tribunal lui a finalement accordé. Les montants de 250 milliards de FCFA souvent évoqués correspondent aux prétentions initiales de l’entreprise et non à la condamnation prononcée.
Un stade qui continue de coûter cher
Au-delà du contentieux judiciaire, c’est surtout le rapport entre l’argent investi et l’utilisation de l’infrastructure qui interroge.
Présenté comme l’un des grands symboles de la CAN organisée au Cameroun, le stade d’Olembé n’a accueilli que deux matches officiels de la CAN 2021 : le match d’ouverture et la finale. Le complexe reste par ailleurs marqué par des travaux et aménagements qui n’ont pas été totalement achevés.
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Le dossier ne s’est d’ailleurs pas limité au conflit avec Piccini. Après la reprise du chantier, Magil Construction a elle aussi quitté le projet et un autre contentieux oppose désormais l’entreprise canadienne à l’État camerounais.
Qui va finalement payer ?
C’est peut-être la question la plus importante. Piccini a obtenu gain de cause dans cette procédure, mais la facture est destinée à être supportée par l’État camerounais — donc, en définitive, par les finances publiques.
Le gouvernement camerounais conteste toutefois la sentence et entend engager les démarches juridiques prévues par le mécanisme du CIRDI. Il faut ici parler de procédure d’annulation, plutôt que d’un simple « appel » : une sentence CIRDI ne peut pas faire l’objet d’un appel classique sur le fond, même si la Convention prévoit des voies de contestation limitées.
Olembé, un match qui n’est toujours pas terminé
À l’origine, Olembé devait être une vitrine.
Aujourd’hui, le complexe est devenu le symbole d’un projet marqué par les retards, les changements de prestataires, les contentieux et désormais une lourde condamnation internationale.
Et alors que les Camerounais s’interrogent déjà sur le coût réel de cette infrastructure, une nouvelle question s’impose :
combien Olembé aura-t-il finalement coûté à l’État camerounais, une fois toutes les factures et procédures réglées ?
Un stade Construit pour accueillir les grandes affiches du football, le stade continue, des années plus tard, de faire davantage parler les avocats que les footballeurs.
Agnès Olive Ewoudou







