Il y a sept ans jour pour jour, Abidjan perdait sa voix la plus bruyante. Le 12 août 2019, à 8h du matin, DJ Arafat s’éteignait à 33 ans des suites d’un accident de moto. Le « Yorobo », le « Daïshikan », l’héritier turbulent du coupé-décalé, laissait un vide immense et une discographie qui continue de faire trembler les maquis. Sept ans après, ses refrains résonnent encore. Son héritage, lui, refuse de mourir.
Ange Didier Houon n’aimait pas la demi-mesure. Sur scène comme dans la vie, il criait, il dansait, il provoquait. Fils de Tina Glamour et de Pierre Wompi, né le 26 janvier 1986 à Cocody, il a grandi dans le bruit et la lumière. Du banditisme de jeunesse aux grandes scènes du Palais de la Culture, il a transformé sa rage en rythme. Roi autoproclamé du coupé-décalé, il en est devenu l’ambassadeur le plus exporté. Forbes Afrique l’a sacré artiste africain le plus influent, la France l’a entendu sur « African Tonik », l’Afrique entière l’a copié.

La nuit du 11 août : la chute
La nuit du dimanche 11 août 2019, à Angré, sa moto percute violemment la voiture d’une journaliste. Pas de casque, fracture immédiate, traumatisme crânien. Il est conduit en urgence à la polyclinique des Deux Plateaux. Le lundi 12 août à 8 heures, la RTI l’annonce dans son journal de 13h : DJ Arafat est mort.

L’onde de choc traverse Abidjan, la polyclinique est prise d’assaut. Les « Chinois », ses fans, refusent d’y croire. Le pays retient son souffle. L’homme qui faisait le buzz pour vivre venait de s’éteindre dans le plus grand des silences.
Les hommages d’un pays en deuil
La Côte d’Ivoire lui a offert des funérailles de “chef d’État”. Le 30 et 31 août 2019, plus de 35 000 personnes ont rempli le stade Félix-Houphouët-Boigny. Écrans géants à Yopougon, Koumassi, Abobo, Angré. 6500 policiers déployés. Sur scène, Fally Ipupa, Dadju, Davido, Koffi Olomidé, Sidiki Diabaté. Dans les gradins, Didier Drogba, des ministres, tout Abidjan et l’Afrique.
Le 31 août, il est inhumé au cimetière de Williamsville. Son tombeau sera profané quelques jours plus tard par des fans désespérés de ne pas avoir pu lui dire adieu. En juin 2025, Africa Music & Charts lui rendra un dernier hommage pour l’ensemble de sa contribution à la musique culturelle africaine. Sept ans plus tard, chaque 12 août, ses titres reprennent le pouvoir dans les rues.
Qui était vraiment DJ Arafat ?
C’est en 2003 qu’il explose avec « Hommage à Jonathan ». Repéré par Roland Le Binguiste, il part pour Paris, revient, repart, est expulsé, et finit par s’imposer. Avec Debordo Leekunfa, il lance le Kpangor. Puis viennent « Bouddha », « 25 25 Arachide », « Zoropoto », « Rage 202 ». Dix albums en quinze ans de carrière. Un style qui mute : du coupé-décalé classique à un mélange d’African Rock et d’African Electro, plus bruyant, plus électronique, plus lui.

Il a été le premier DJ de coupé-décalé à remplir seul le Palais de la Culture. Depuis 2011, il le remplissait chaque 26 décembre. Il rêvait d’offrir au coupé-décalé son premier disque d’or international avec l’album « Renaissance » produit par Universal Music Africa. Le disque d’or n’est jamais venu. Ses fans l’ont cherché pour lui après sa mort.
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On lui a donné des prix. Des Kora Awards, des RTI Music Awards, un Kundé d’Or, des distinctions au MTN Music Awards. On l’a aussi beaucoup critiqué. Pour sa rivalité avec Serge Beynaud, pour ses dérapages, pour une vidéo de violences conjugales en 2011 avec son ex-compagne. Il avait quatre enfants de trois femmes : Aurelia, Aicha Ballo et Carmen Sama.
Le coupé-décalé orphelin
Né en 2002 en pleine crise ivoirienne, le coupé-décalé est l’enfant de Douk Saga et de la Jet Set. Un rythme, un style, un buzz, et ce « travaillement » où l’on jette l’argent sur l’artiste. Douk Saga est mort à 33 ans en 2006. DJ Arafat est mort à 33 ans en 2019. Le symbole est cruel, mais le mouvement a résisté. Il vit encore dans chaque « on est ensemble » lancé dans un maquis.

Sept ans, le temps n’a rien effacé, il a juste rendu le bruit plus fort. DJ Arafat n’a pas eu le temps de vieillir, mais il a eu le temps de marquer. Il voulait être le premier, il l’est resté : le premier à faire pleurer un pays entier pour un DJ, le premier à faire du coupé-décalé une affaire d’exportation, le premier à prouver qu’on peut naître dans le scandale et mourir en légende.
Japhet Mbakop Tchagha






