Révélé très jeune, propulsé au sommet par «Do le Dab», passé par de grandes maisons de disques, marqué par un drame qui a bouleversé sa carrière et revenu progressivement au premier plan, le rappeur camerounais continue d’écrire son histoire.
De son vrai nom Thierry Mengoumou Ayia, Tenor naît le 11 avril 1998 à Yaoundé. Il commence sa carrière musicale à seulement 16 ans, avec le freestyle «Camerounais». En 2015, «Alelouyah» contribue à faire connaître son univers, mais c’est véritablement «Do le Dab», sorti en 2016, qui va changer son destin.

Le morceau devient un phénomène au Cameroun et au-delà. Son refrain, son énergie et surtout le fameux « dab » participent à faire de Tenor l’un des nouveaux visages les plus reconnaissables de la musique urbaine camerounaise.
Le titre connaît même un moment particulièrement symbolique lorsque Chantal Biya, Première dame du Cameroun, est filmée en train de réaliser le dab sur le morceau. L’image contribue encore davantage à la popularité du jeune rappeur. Tenor n’est alors plus simplement un jeune rappeur prometteur : il devient un phénomène.
Une ascension rapide
Après son passage chez War Machine, Tenor rejoint Universal Music Africa en 2017. Cette signature constitue une étape importante dans sa carrière et lui permet d’accroître sa visibilité sur le continent. Il enchaîne alors les titres et les collaborations.
Mani Bella apparaît notamment à ses côtés sur « Déranger », tandis qu’il partage le micro avec DJ Arafat sur « Chicoter les tympans ». Il collabore également avec des artistes comme Kiff No Beat et Sidiki Diabaté, contribuant à inscrire son rap dans une dynamique panafricaine.
En 2017, cette ascension est consacrée aux Balafon Music Awards, où Tenor reçoit notamment les distinctions de Révélation de l’année et Artiste de l’année, et « Bad Things » est récompensé comme meilleur clip.
Son premier EP, Nnom Ngui, sort en 2018. Trois ans plus tard, il publie Terre Mère. En 2021, et obtient également le prix du Meilleur artiste masculin Afro Urbain aux Canal 2’Or. Puis vient le 15 juillet 2021. Au sommet de sa carrière, Tenor voit brutalement sa trajectoire basculer.
Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2021, après un concert à l’Institut français de Douala, le véhicule dans lequel il se trouve est victime d’un grave accident. Une jeune femme présente dans la voiture, Erika Mouliom, perd la vie. Tenor est lui-même grièvement blessé.

L’affaire provoque une onde de choc au Cameroun et sur les réseaux sociaux. Le rappeur est poursuivi pour homicide involontaire et placé en détention provisoire à la prison centrale de New-Bell, à Douala, le 30 juillet 2021.
Pendant cette période, sa carrière est mise entre parenthèses. Pour un artiste dont l’image publique était jusque-là fortement associée à l’énergie, à la fête et à l’exubérance, cette période marque une rupture profonde.
Tenor obtient ensuite une liberté provisoire. Quelques mois plus tard, il retourne pourtant à la prison de New-Bell, cette fois pour rendre visite aux détenus et leur apporter des dons. Il explique alors que son passage derrière les barreaux l’a profondément marqué.
Cette séquence contribue à faire apparaître une autre facette du rappeur. Derrière le personnage énergique de Tenor se trouve désormais un artiste confronté à la fragilité de la vie, à la responsabilité et aux conséquences de ses choix.
Après la tempête, reconstruire
Le retour n’est pas immédiat. Tenor doit progressivement reconstruire sa carrière, son image et son rapport au public. En 2020, avant l’accident, il avait quitté Universal Music Africa pour rejoindre Def Jam Africa, nouvelle étape importante dans son développement international.
Après les années difficiles, il poursuit son parcours musical avec de nouveaux projets. En 2023, il sort notamment Sorry 4 The Rap, sur lequel figure « Marteau de Thor » avec Didi B.
Cette période témoigne d’une volonté claire : revenir à la musique et reprendre sa place dans le paysage du rap africain. Son flow rapide, son énergie et son utilisation de références culturelles locales lui ont permis de construire une signature reconnaissable.
Le Hennessy Cypher
Le cypher occupe une place particulière dans la culture hip-hop : plusieurs rappeurs réunis autour d’une même production, chacun disposant de quelques instants pour démontrer son écriture, son flow et sa personnalité.
Le Hennessy Cypher s’est progressivement imposé comme l’une des plateformes importantes de mise en avant du rap africain. Lancé dans la continuité du programbg; me Hennessy dédié au hip-hop, le concept est devenu un rendez-vous permettant à des artistes établis comme à de nouveaux talents de se mesurer au format du cypher.

Pour Tenor, une prestation dans cet univers prend donc une dimension particulière. Ce n’est plus seulement Tenor le hitmaker. C’est Tenor le rappeur. Celui qui doit revenir au texte, au flow, à la présence scénique et à cette capacité à imposer son identité en quelques mesures.
Aujourd’hui, Tenor appartient déjà à une génération qui a contribué à faire évoluer le rap camerounais vers une audience continentale.
Sa présence au Hennessy Cypher peut être lue comme une nouvelle étape : celle d’un artiste qui revient là où tout se joue, face au micro, avec pour seule arme son talent.
Après avoir connu la lumière, la controverse, le silence et la reconstruction, Tenor revient avec quelque chose que les années ne peuvent pas lui enlever : son identité artistique.
De « Do le Dab » au Hennessy Cypher, l’histoire de Tenor est celle d’un artiste qui a grandi sous les projecteurs, traversé une période sombre et choisi de reprendre le micro.
Tenor n’est peut-être plus le même artiste qu’à 18 ans, mais c’est justement là que commence le prochain chapitre.
Manu NKAMA






